Le 17 octobre dernier, lors du Conseil de surveillance des fonds communs de placement (FCP) que vous détenez dans vos PEE et PERECO, AMUNDI, le gestionnaire de ces fonds, nous a dévoilé les subtilités de la nouvelle loi dite “industrie verte”.
« Élaborée en concertation avec des acteurs de la société civile et des élus, puis examinée par les Parlementaires, cette loi vise à accélérer la réindustrialisation du pays et à faire de la France le leader de l’industrie verte en Europe »
La Loi n°2023-973 du 23 octobre 2023 a donc pour objectif de renforcer notre industrie nationale et faire de la France, le leader de l’industrie verte en Europe. Super-green !
Pour ce faire, la Loi fait, entre autres, obligation aux établissements financiers de proposer une part minimale de fonds devant contenir des actifs non-côtés et ce avant le 30 juin 2026…
« Des actifs non-côtés ?? » Décodeur s’il vous plait !! »
Vous ne connaissez pas le « private equity » ? C’est l’investissement dans des entreprises qui ne sont pas cotées en bourse. Il s’oppose au « public equity » c’est-à-dire le marché des titres qui sont côtés sur un marché. Jusqu’ici tout est simple. Mais développons un peu !
Imaginez un marché aux légumes. Si vous désirez acheter un kilo de carottes, un légume bien connu, le prix est affiché au kilo, et ce prix s’apprécie en fonction de l’abondance de la récolte, de la météo et de la demande des ménages en général. On peut même imaginer revendre ses carottes si on a changé d’avis, en estimant sans difficulté le prix à payer en contrepartie.
« J’ai compris pour les carottes, mais pour les non cotés alors ?? »
Imaginez à présent un autre marché aux légumes qui n’a rien à voir avec le premier. Celui-ci n’est pas cantonné physiquement sur une place mais un peu partout en France. Sur cet endroit multiple, on vous propose un nouveau légume, le « FLOMP », mais celui-ci n’est pas rattaché à une évaluation de prix, et la demande sur ce légume n’est pas visible, donc pas de prix au kilo…un pifomètre situationnel. En plus le FLOMP en gratin…faut oser !
C’est ça un actif non-côté : pas de cours lié à un marché, il est donc peu liquide car pour le vendre il va falloir trouver un acheteur et comme il n’est pas lié à une place de marché pour estimer sa valeur, il va falloir faire preuve d’imagination (son goût est-il savoureux ? Est-ce un légume performant en termes de croissance ? etc.)
Mais les fonds non cotés comportent par définition un risque de perte
AMUNDI s’est montré rassurant en affirmant qu’il y aura de 15 à 30 % maximum de non coté dans les nouveaux fonds qui seront obligatoirement proposés, et qu’ils en assureront la liquidité quotidiennement ainsi qu’une gestion prudentielle par horizon de placement.
Pour les établissements financiers, ces fonds offrent, selon eux, un potentiel de performance supérieur en compensation de leur moindre liquidité. Ils permettent d’investir dans des secteurs et des entreprises en forte expansion, de soutenir l’innovation et le développement des territoires et en plus ça permet de diversifier sur le long terme.
Un secteur en forte expansion : la guerre et les armes
Ne vous y trompez pas : à l’instar du fonds « Bpifrance Défense SLP » qui vient justement de sortir le 14 octobre, les établissements financiers ne manqueront pas de lorgner du côté des entreprises de Défense.
« 5% par an sur 10 ans » – objectif 450 millions d’euros de collecte – de 500 à 500.000 euros » Fond Bpifrance Défense
Voilà comment l’industrie de l’armement (ou de la défense, ça passe mieux sur la brochure) va pouvoir venir utiliser votre épargne.
Partout dans le monde, les budgets consacrés à l’armement et à la guerre ne cessent de croître ! L’Union Européenne n’est pas en reste avec son plan “ReArm Europe” doté d’une enveloppe de 850 milliards d’euros… La France n’est évidemment pas en reste et participe activement à ce mouvement en coupant dans les dépenses de santé et d’éducation pour financer l’augmentation du budget de la guerre. Entre les Rafales ou la sécurité sociale, ils ont déjà fait leur choix !
Pour la CGT, il est hors de question que l’épargne des personnels d’un établissement public comme le nôtre puisse servir à alimenter la machine de guerre française !
Fière et forte de son passé anti-militariste, la CGT sera vigilante sur ces fonds non cotés et refusera tout fonds pouvant servir à financer cette industrie !
“On croit mourir pour la patrie, On meurt pour les industriels”
Anatole France – 18 juillet 1922
“Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage »
Jean Jaurès – 1895
